Publié par le journal l’Humanité, le 1er novembre 2026 : https://www.humanite.fr/en-debat/environnement/eco-criminalite-le-nouveau-et-terrifiant-visage-de-lextreme-droite .
Le 27 octobre 2026, Donald Trump a mis à mal la règlementation limitant les émissions de méthane par le secteur étasunien du gaz naturel et du pétrole. Le méthane, ce puissant gaz à effet de serre, est responsable d’environ 47 % du réchauffement climatique.
Réchauffement du climat, pollutions des eaux, de l’atmosphère et des terres, appauvrissement des sols, empoisonnement du vivant et réduction de sa diversité… Les conditions de la vie humaine et non humaine sur notre planète Terre sont malmenées, durablement détériorées. En 1972, le Club de Rome nous alertait. En 1972, se tenait le premier Sommet de la Terre. C’était il y a 54 ans. Une prise de conscience émergeait.
Depuis, l’état de notre planète n’a cessé de se dégrader. La responsabilité en incombe à la société de consommation et, aujourd’hui plus que jamais, au mode de vie des hyper riches. S’y ajoute le capitalisme néolibéral, ses exigences de compétitivité et d’attractivité des territoires, sous la pression des marchés mondiaux et des entreprises multinationales… De surcroît, aujourd’hui la « bête immonde » est de retour et nous précipite vers la catastrophe.
Elle est au pouvoir aux États-Unis, au Chili, en Colombie…, en Italie, en Slovaquie… En France, elle est aux portes de l’Élysée, et pèse déjà sur l’Assemblée nationale. Dans l’ensemble de l’Europe et des Amériques, elle déploie une emprise sur le système médiatique. Quand elle détient les rênes d’un pays, toujours, plus ou moins progressivement, elle asservit la justice, rompt avec l’état de droit et les fondements de la démocratie, bafoue les droits humains. Au XXIe siècle, l’extrême droite est fidèle à ses ancêtres fascistes du XXe siècle.
Toutefois, le contexte a changé. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la Grande Accélération de la dégradation du système Terre a été enclenchée. Aujourd’hui, l’habitabilité de notre planète menace de s’effondrer. Depuis quelques années, l’extrême droite y détient une responsabilité extrême.
Dès son retour au pouvoir, le 20 janvier 2025, D. Trump a engagé la sortie des États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat. Puis, cette politique d’abandon s’est élargie à des dizaines d’organisations multilatérales, dont la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC) et le Groupe d’experts intergouvernemental sur les évolutions du climat (GIEC). Dans le même mouvement, D. Trump s’est attaqué aux sciences étasuniennes de la santé, du climat et de l’environnement. Les conséquences sur la science mondiale sont majeures, car les États-Unis y occupent ou y occupaient une place essentielle. Obscurantiste, la politique de D. Trump est fondée sur le refus systématique du savoir scientifique qui dérange, sur le déni de réalités telles que l’importance du réchauffement climatique et son origine humaine, ou telles que l’empoisonnement du vivant. Cet obscurantisme est une singularité des extrêmes droites d’Europe et des Amériques, que l’on ne trouve pas dans l’Inde de Narendra Modi ni dans le Japon de Takaichi Sanae. En France, il s’exprime sans réserve dans les votes du RN à l’Assemblée nationale, et pèse dans la production des lois, avec la collaboration de la droite et d’une partie du Bloc central.
La dégradation de l’état de notre planète, c’est la détérioration de nos conditions de vie, voire de survie. Et plus encore les conditions de vie et de survie de nos enfants et petits-enfants. L’ordre, la sécurité, l’optimisme, l’espoir, ces mots portés haut et fort par Marine Le Pen, lors du congrès du RN, le 25 octobre dernier, ne sont que des mots creux dès lors qu’elle-même, son parti et ses alliés européens et américains fuient devant les périls communs du réchauffement climatique, de l’empoisonnement du vivant et du déclin généralisé de l’habilité de notre planète.
La politique de l’extrême droite, du trumpisme aux États-Unis au RN en France, possède une dimension inconnue de ses ancêtres fascistes. Alors que, partout dans le monde, des femmes, des hommes se mobilisent pour sauver l’habitabilité de notre planète, l’extrême droite d’Europe et des Amériques prolonge et aggrave sans limite des politiques coupables d’une dégradation considérable et largement irréversible des conditions de la vie humaine sur Terre. Nous avons là un crime politique d’une extrême gravité. Un crime documenté sans aucune ambiguïté par la science. Nommer cette nouvelle extrême droite l’Extrême droite éco-Criminelle aurait le mérite d’appeler un chat un chat, de nourrir le débat démocratique en sortant de l’ombre le nouveau et terrifiant visage de ce mouvement politique au passé ténébreux.