De la géologie à un nouveau projet humaniste

Version longue (de la page 357 à la page 403)

Pour les géologues, l’histoire de la Terre, de sa naissance à nos jours, est découpée en quatre éons. Le quatrième, appelé Phanérozoïque, a débuté il y a environ 500 millions d’années. Celui-ci, tout comme ceux qui l’ont précédé, correspond à un certain stade du vivant. Et tout changement d’éon résulte d’une émergence forte et inédite au sein du vivant. Dans ma thèse, en me basant sur la pensée du complexe et sur une approche multidisciplinaire de l’histoire du système Terre et du vivant, j’émets l’hypothèse selon laquelle l’espèce humaine a ouvert un cinquième éon, l’Anthropozoïque.

De la notion d’éon Anthropozoïque émerge une philosophie, que je nomme Anthropozoïsme. Cette dernière repose sur deux principes, deux postulats.

Selon le premier, l’Humain étant une émergence inédite du vivant, une création de la nature, il n’est responsable ni de son existence ni de sa singularité. Tout comme de précédentes émergences fortes au sein du vivant, l’Humain a ouvert un nouvel éon, cela sans la savoir, sans le vouloir.

Selon le second postulat, de nos jours une nouvelle page de l’histoire de l’humanité s’ouvre. Une page où le « Sans le savoir, sans le vouloir » laisse place au savoir et à la nécessité de responsabilité et de volonté. En effet, désormais la plupart des Humains sont capables de se représenter l’ensemble des Humains en tant qu’espèce vivante planétaire, et d’avoir conscience de la fragilité de celle-ci et des périls qu’ils ont à affronter en commun. Dans le même temps, l’humanité développe une capacité, un potentiel, à modifier consciemment, lucidement et collectivement sa place et son rôle au sein du vivant, dont elle est à jamais indissociable.

Va-t-elle parvenir à utiliser ce potentiel et à opérer une transformation anthropologique indispensable pour fortement réduire les risques et éviter les périls divers qui se présentent à elle en ce début de XXIe siècle ?

L’avenir de l’humanité est imprévisible. Il dépend de tous les acteurs, étatiques, économiques, collectifs et individuels. Nous entrons dans une période historique où un même engagement porteur de sens se présente à l’ensemble des humains.