Lundi 18 septembre 2023, la Première ministre, Élisabeth Borne, a présenté sa feuille de route sur la Planification écologique, https://www.gouvernement.fr/france-nation-verte. Cette feuille de route marque une avancée politique notable. Dans le même temps, elle fait l’impasse sur trois points cruciaux pour le climat, trois points largement documentés par la recherche scientifique1.
1. Méthane. L’urgence des urgence est de réduire les émissions de méthane. Ce puissant gaz à effet de serre a une durée moyenne de vie dans l’atmosphère de seulement une dizaine d’année. Alors que pour le CO2, c’est plus d’un siècle. C’est pourquoi la réduction des émissions de méthane entraîne une réduction de l’effet de serre dix fois plus rapide que pour le C02.
Or il y a urgence, car la baisse du recours aux énergies fossiles va entraîner une baisse de la présence d’aérosol dans l’atmosphère, d’aérosol qui ont un effet miroir qui réduit le réchauffement climatique. A ce sujet, nous pouvons lire la conclusion d’un récent post de Sylvestre Huet : « les politiques sanitaires visant à réduire les émissions d’aérosols par les industries, les transports et les équipements de chauffage utilisant charbon, pétrole ou bois auront un effet climatique réchauffant, en supprimant un facteur anthropique refroidissant. Ce qui n’est vraiment pas une raison valable pour ne pas conduire ces politiques. », https://www.lemonde.fr/blog/huet/2023/09/18/le-rechauffement-accelere-t-il/.
Tout cela était déjà présenté par le GIEC dans son cinquième rapport2, publié en 2013-2014. Bref, pour compenser l’augmentation du réchauffement qui sera dû à la baisse des taux d’aérosol, il faut au plus vite réduire les émissions de méthane. Pour ce faire, bien sûr il y a la réduction des émissions de méthane par l’agriculture (riz, bovins, ovins), mais aussi et surtout, dans l’immédiat il faut cesser d’importer du gaz et du pétrole non conventionnels dont l’extraction s’accompagne de largage important de méthane.
La feuille de route de la Première ministre n’aborde tout simplement pas la question. Il y est certes question d’émissions de Gaz à effet de serre équivalent CO2, ce qui prend en compte le méthane, mais aucune différence n’y est considérée entre le méthane et le CO2. Autrement dit, É. Borne ne prend pas en considération l’urgence particulière et cruciale de la réduction des émissions de méthane.
2. Océan. La France possède, derrière les États-Unis, la deuxième plus importante Zone économique exclusive (ZEE), soit plus de 10 millions de km². La ZEE est la zone maritime située à moins de 200 miles (370,42 km) de la côte du territoire national ; elle relève de la souveraineté nationale. Or la protection des mers et océans est indispensable pour réduire le risque d’une amplification tragique du réchauffement climatique. J’ai développé ce point sur mon blog, Climat, océans, même urgence !
Pas un seul mot à ce sujet dans la feuille de route de la Cheffe du gouvernement.
3. L’objectif de réduction des émissions nettes de gaz à effet de serre fixés à 55 % pour 2030 par rapport à 1990 est largement insuffisant. A ce sujet mon blog, Le principe de précaution doit être la boussole des politiques climatiques.
1Je n’aborde pas ici d’autres sujet que le climat, cela n’est pas par négligence, mais dans un but de concision et de clarté.
2Résumé technique de la contribution du Groupe 1 au 5e Rapport d’évaluation, section 5.2, page 81.